TEMOIGNAGES

TEMOIGNAGE DE SANDRINE

ATTENTION CETTE PAGE EST DESTINEE A UN PUBLIC AVERTIT
Bonjour !


J'ai envie de vous dire ce qui m'est arrivé, mais je ne trouve pas les mots. Comme je traverse une passe difficile, je me permet de copier le témoignage que j'ai envoyé sur un autre site.


Tout a commencé quand j'avais 13 ans (enfin... c'est ce que je croyais). Pour aller à l'école, il me fallait prendre le train. Et c'est là que j'ai rencontré mon agresseur : dans le tunnel du passage sous-terrain. Sous la menace de son arme, il m'a emmené jusque chez lui. Là, il m'a attachée les poignets au lit, et il m'a déshabillée. Il a commencé ses trucs, et j'ai vu l'autre qui nous regardait. Il était déjà nu et se branlait. Puis il est venu le rejoindre et participer aux tortures et viols en tous genres...

Quand ils ont eu fini, ils m'ont dit que je pouvais partir, sans oublier de me menacer si j'en parlais bien sûr. J'étais couverte de sang et de sperme. Comme je ne réagissais pas (j'étais tellement choquée...), il m'a prise par le bras, m'a mis mes fringues dans les mains, et m'a jeté sur le palier. Il a refermé la porte. Comme si je n'existais pas, comme s'ils venaient de se payer une pute, comme une merde...

Je n'ai bien sûr jamais parlé de cette histoire à quiconque.


J'étais déjà quelqu'un d'assez rebelle, garçon manqué avec une grande gueule. Je fumais déjà quelques joints par-ci par-là. Je passais mon temps (en dehors de l'école) avec des gens plus âgés, et qui essayaient toutes sortes de drogue. Je pus donc facilement essayer les exta, les acides, la coke, et pour finir l'héro.


Plus tard, j'avais environ 15 ans, je l'ai revu : il a encore abusé de moi, avec toute la violence et l'imagination dont il est capable. J'avoue que cette agression m'a moins touché que la première car j'étais dans un état second. Mais j'ai quand même eu besoin d'un shoot à la suite de cette aventure.


Puis vint la troisième fois : j'avais 17 ans. Toujours cet homme. Il faut dire que j'étais souvent obligée de me déplacer en train, et que les gares devaient être son terrain de chasse. Cette fois je l'ai vu arriver. J'ai couru. Il m'a rattrapé, et il m'a violée... dans les poubelles de la rue. Au moins il n'a pas été aussi violent que les autres fois.


Quand j'ai eu 20 ans, j'ai rencontré mon futur mari : un homme extrêmement doux, et d'une patience extraordinaire (si si ça existe !). Je sentais que cette histoire était différente des autres. Je voulais vivre avec lui, mais sans tous ces artifices que sont la drogue et l'alcool. C'est le premier homme à qui j'ai dit que je m'étais faite agressée. Je n'ai donné aucun détail, ni même dit que cela avait eu lieu plusieurs fois ou avec plusieurs hommes. Mais il savait. C'était l'essentiel.

A partir de ce jour, il a été super patient, et surtout, il m'a encouragé à faire une thérapie, en me soutenant dans les moments les plus durs (même si je ne lui disais pas pourquoi je pleurais, il me prenait dans ses bras si réconfortants).


J'ai fait 5 ans de thérapie. Ma psy s'est toujours "étonnée" que je ne me sois pas défendu du tout. Elle pense que cela peut venir d'un autre traumatisme que j'aurais pu oublier. J'ai demandé à ma mère, l'air de rien, si elle avait un souvenir sur mon enfance qui aurait pû la faire s'interroger.Oui : quand j'avais 10 ans, elle se rappelle qu'un jour je suis rentrée de l'école en faisant la tête, et que je n'ai pas décroché un mot pendant au moins trois jours. Elle a essayé de me faire parler, mais sans succès. Il faut dire que je n'ai jamais jamais jamais parlé de moi à quiconque, et ce depuis aussi longtemps que je m'en souvienne. Peut-être un jour...

Après ces cinq années, je suis tombée enceinte (volontairement), et ma psy a dit qu'il valait mieux arrêter pendant la grossesse, afin de ne pas ouvrir des blessures et de ne pas ressentir un mal-être que les bébés pourraient sentir (et oui, je dis les bébés parce que j'attend des jumelles !). Cette grossesse a été la meilleure chose de ma vie. A tel point que quand je l'ai appris, je me suis vu sauter au cou de mon agresseur en hurlant "c'est pas grave, c'est pas grave !". En fait, j'avais toujours eu peur de ne pas pouvoir avoir d'enfants à cause de tout ce qu'ils m'avaient fait.


J'ai donc eu mes filles, puis nous avons déménagé suite à la mutation professionnelle de mon mari. Je n'ai donc pas pû reprendre ma thérapie. De toute façon, je n'avais plus le temps ni l'énergie pour le faire.

J'ai appelé ma psy de temps en temps, mais comme je ne tombais jamais directement sur elle, j'ai fini par apprendre à me débrouiller seule et à gérer ce qui m'arrivait. Il me suffisait de reprendre les réflexions que nous avions eu pendant cinq ans, et de les appliquer à tout nouveau souvenir ou angoisse.


Puis vint le mois de septembre 2004.

Un jour, j'ai simplement pensé que j'aimerais vraiment savoir ce qui s'était passé quand j'avais dix ans, parce que je me sentais prête à l'affronter. Quelle erreur !!! Le soir même, des images me sont revenus à l'esprit. Et de plus en plus pendant les deux jours qui ont suivis. Je travaillais donc sur ce "problème", en pensant pouvoir le gérer comme les autres, seule. Mais comme je n'y arrivais pas vraiment, j'ai pris la solution de facilité d'oublier une nouvelle fois.

Puis je me suis rendue compte, au bout de deux ou trois mois, que je devenais presque hystérique avec mes enfants. Je passais d'un ton calme à une furie hurlant qui veut qu'on lui obéisse ! Vous pensez bien que mes petites chéries (de même pas trois ans) ne savaient plus trop sur quel pied danser. Et plus je leur criais dessus, plus cela me déstabilisait car je sentais bien que ce n'était pas moi cette folle qui hurlait. Et plus j'était déstabilisée, plus je pleurais sur mon sort, et plus je devenais agressive. Même avec mon mari, si gentil, je devenais chiante, criant pour un oui ou un non.


J'ai donc décidé de réagir, et j'ai repris rendez-vous avec ma psy pour fin décembre (nous remontons sur Paris pour voir la famille). Je n'ai eu le temps de la voir qu'une seule fois, et je dois maintenant attendre début mars pour la revoir. Je devrais lui parler par tel, mais je n'ose pas lui raconter ce que j'ai vécu. Ce n'est pourtant pas pire que ce que j'ai vécu jusque là... mais comme pour les autres agressions, je ne sais pas parler du mal que j'ai subi.

Pourtant, je sais bien qu'il ne faut pas garder cela pour moi. J'ai toujours été forte, avec une très grande volonté, mais cette fois-ci je me sens vidée, complètement. J'ai toujours remonté la pente, quelle qu'elle soit, mais cette fois-ci j'ai l'impression que je ne pourrais pas. J'ai toujours réussi à vivre avec mes souvenirs, mais cette fois-ci je n'y arrive pas. J'ai l'impression que c'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase (déjà bien plein).

A force de me souvenir, j'ai compris que j'étais morte ce jour-là.


J'avais 10 ans, et pour me rendre à l'école j'ai pris un raccourcis. Mais celui-ci passait par les caves. Ils étaient plusieurs, je ne sais pas combien au juste (il me faudrait me concentrer sur ces souvenirs pour savoir, et je ne veux pas). Je me rappelle qu'ils réparaient une voiture. Il y en avait un plus vieux que les autres. Ils m'ont demandé si j'avais peur. "non, pourquoi ?". Et depuis ce jour, à chaque angoisse, à chaque inquiétude, je me répète ces mots "j'ai peur".


Aujourd'hui, quand je suis seule à la maison, je pleure pour un oui ou pour un non. Il suffit que les enfants soient un peu turbulentes pour que je craque. Je me cache pour pleurer, car je ne veux pas les traumatiser. Ce n'est pas leur faute. J'ai peur d'affronter cette réalité, j'ai peur de reprendre ma thérapie, peur de revivre tout ça, peur de ne jamais m'en remettre. Je me sens morte de l'intérieur. J'ai 31 ans, et cela fait donc 20 ans que je me voile la face, que je ne dis rien à personne. Je sais qu'il faut que ça cesse, mais j'ai peur de ne pas avoir la force nécessaire. Pourtant je veux vivre sereine, pour pouvoir transmettre cette sérénité à mes enfants. Ce sont elles qui me poussent à aller plus loin. Mais que c'est dur. J'ai tendance à me laisser aller, et à fumer autant de joints que je peux pour ne pas penser. Une attitude d'adolescente. Mais je suis femme et mère, cela ne peut pas durer. Et le plus terrible dans tout ça, c'est que depuis quatre mois je n'ai pas fait l'amour avec mon mari. Et je n'ose pas lui avouer la vérité. Il est patient, mais je sens bien que tout mis bout à bout (plus d'amour, plus d'entretien de la maison, plus de cuisine, plus d'activités, plus rien... je passe mes journées à fumer quand les enfants ne sont pas là, et à m'occuper d'elles le reste du temps), cela devient difficile pour lui. Que faire ? Où trouver ce courage qui me manque ?


Merci de m'avoir lu

Bon courage à tous et à toutes

Sandrine


PS : IMPORTANT : pour me répondre, envoyer vos messages sur perso.sandrine@wanadoo.fr

merci