TEMOIGNAGES
TEMOIGNAGE DE LOONA

ATTENTION CETTE PAGE EST DESTINEE A UN PUBLIC AVERTIT

Voici le témoignage que m'a envoyé Loona :

J’éprouve depuis des années, un tel mal de vivre, qu’à deux reprises j’ai tenté de suivre des thérapies auprès de spécialistes.

La première fois, ça ne passait pas du tout avec le psychologue dans le cabinet duquel j’avais pris rendez-vous. Je l’ai vu pendant quelques temps mais rien n’a changé. C’était il y a 5 ans. Il y a deux mois j’ai essayé de revoir un psy dans un Centre Médico-Psychologique, mais au rythme d’une séance d’un quart d’heure une fois par mois je ne vois pas où ça peut me mener! et comment il peut m’aider, c’est un homme charmant, certes, mais peu efficace dans mon cas.

Mais je me suis peut-être trompée : au lieu de chercher de l’aide auprès d’un thérapeute, c’est peut-être en moi que je dois trouver la force de m’en sortir. J’ai donc décidé d’écrire! D’écrire pourquoi je me sens si mal, de chercher pourquoi je ne parviens pas à trouver la paix à laquelle j’aspire.

Je ne sais pas si je vais y arriver mais en tout cas je vais essayer, et de toutes mes forces!

Par où commencer? Mon histoire est la même que celle de beaucoup d'autres..

Et pourtant si différente... et surtout si difficile à tirer de ma mémoire pour la faire partager...

Aujourd'hui, j'ai besoin de me décharger de ce fardeau car il m'étouffe et m'empêche d'avancer correctement dans l'existence... Je devrais m'estimer heureuse, à première vue d'avoir ce que j'ai : un petit garçon, de 5 ans bientôt, en pleine santé, un travail, un toit sur la tête et un homme qui m'aime à mes côtés et qui plus est le père de mon fils (les familles éclatées se rencontrent si fréquemment de nos jours...)... Mais encore faudrait-il que je sache profiter de ce que j'ai...

Aussi loin que je puisse remonter dans ma petite enfance je ne me souviens pas m'être un jour bien entendue avec mon père... Durant mon enfance et mon adolescence, j'ai été son souffre douleur... Jamais de trace visible de son comportement à mon égard ! Contrairement à certains parents, mon père ne me frappait que très rarement, son truc à lui c’était le harcèlement moral, harcèlement qu’il exerçait aussi sur ma mère!

Mon frère d’un an et demi mon cadet, en revanche n’a jamais eu à souffrir de ce comportement, est-ce parce qu’il n’avait pas peur de mon père, ou tout simplement parce qu’il était un garçon ? Je n’ai jamais eu la réponse! Toujours est-il que ma mère et moi, à des degrés différents, étions forcées de supporter son complexe de supériorité.

A moi, il m’interdisait tout ce qu’il pouvait m’interdire! Adolescente, je n’avais presque pas d’amis, car les sorties m’étaient interdites, ainsi que d’inviter de amis à la maison. Je ne pouvais pas choisir mes tenues vestimentaires! Je ne comprenais pas ce que mon père avait après moi! Mais une idée faisait son chemin dans mon esprit! il y avait quelque chose entre mon père et moi mais je n’arrivais pas à savoir quoi!

Lasse du comportement de mon père à son égard, ma mère a fini par aller chercher ailleurs l’amour que son mari ne lui apportait plus (le lui avait-il apporté un jour d’ailleurs ?! je me suis souvent dit qu’une des raisons majeures du mariage de mes parents, c’était moi, mariés en avril 69, alors qu’ils ne se connaissaient que depuis mois, je suis née en octobre, calculez !). Mais pendant 4 ans, elle n’a pas eu la franchise et le courage de quitter mon père, elle a donc eu un amant, pendant ces 4 années et se servait de moi pour que je la couvre quand elle le voyait, ce qui faisait redoubler la crainte que j’avais de mon père! Mon père au bout d’un certain temps s’est rendu compte que ma mère avait quelqu’un d’autre, c’est ce moment là qu’elle a choisi pour le quitter et partir vivre chez son amant! mais sans moi et sans mon frère, chose que je n’ai jamais comprise! surtout quand on connaît le résultat!

Elle a donc vécu chez cet homme, à 500 mêtres de la maison familiale! Notre vie à tous a été un enfer durant cette période : mon père bien évidemment n’acceptait que ma mère veuille refaire sa vie ; chantage, menaces, coups de fils anonymes et même sabotages de leurs véhicules remplissaient le quotidien de ma mère et de son ami! et le notre! mon frère et moi vivions ça de l’intérieur, chacun à notre manière : lui en se réfugiant dans les études, moi en commençant à me réfugier dans la drogue (à l’époque rien de bien méchant, juste quelques joints lorsque je parvenais à m’échapper de cet enfer). Car loin de faire en sorte que mon père prenne conscience de son comportement et le change vis à vis de moi, il se montrait encore plus dur!

Au bout de presque 5 ans de cette existence infernale, à force de menaces, de chantage et de harcèlement mon père a réussi à avoir ce qu’il voulait : ma mère est revenue vivre chez nous! C’était au mois de septembre 1993. Je devais reprendre, un mois plus tard mes études d’espagnol à la fac de Clermont Ferrand ! et c’est ce moment que ce souvenir d’attouchements de la part de mon père lorsque j’étais une toute petite fille, a choisi pour se rappeler à moi! Mon esprit n’était plus qu’un tourbillon où se mêlait colère, incompréhension, peur, dégoût! pour cette famille en apparence si bien, mais à l’intérieur pleine de sales secrets et de tabous. Ma mère venait juste de revenir, mais je me disais que si je lui parlait de ces souvenirs, nous repartirions! Mais elle ne m’a pas cru, ou n’a pas voulu le croire! elle m’a dit d’oublier! J’avais presque 24 ans et moi j’étais restée avec ma famille, malgrès tout le mal qu’elle m’avait fait, mais cette fois c’en été trop! Sans rien dire à personne, on ne m’aurait pas laissé faire, j’ai mis quelques fringues dans un sac à dos et j’ai enfin eu le courage de QUITTER CETTE MAISON.

Je suis partie sans un rond en poche, en automne! J’ai été SDF! dans la rue on rencontre vite des gens! et ma vie au sein d’une famille aussi tordue m’avait en fait forgé un sacré caractère! J’ai vite appris à faire la manche et à squatter pour dormir au chaud, alors que pendant plus de 20 ans ça avait été le cadet de mes soucis! Je n’avais plus accès a aucun confort! Mais j’étais libre et entourée de personnes qui m’acceptaient telle que j’étais, sans chercher à savoir d’où je venais ni qui j’étais! Et je savais qu’étant majeure, on ne pourrait pas me rechercher, ce qu’on tenté de faire mes parents quand même!

Puis de squatts en squatts, j’ai fini par tomber sur des gens sur lesquels il n’était pas bon que je tombe à ce moment-là! On arrivait aux fêtes de noël, période que j’ai toujours haï, jusqu’à ce que je sois maman! c’est le soir du 1er de l’an 1993/94 que j’ai pris de l’héroïne pour la première fois! Puis je n’en ai plus repris pendant quelques temps, jusqu’à ce qu’un soir je rencontre un copain qui avait de l’héro avec lui, mais pas envie de passer la soirée seul!

J’en ai sniffer régulièrement, mais lorsque tu commences, il faut un moment avant d’être accroc! puis j’ai continuer à « gravir les échelons » en apprenant à me piquer! au mois de mai, cette même année, j’ai rencontré le papa de mon fils qui prenait lui aussi de l’héroïne, mais qui en était plus loin que mois sur le chemin, car complètement accro à cette saleté! Après un voyage aux Pays Bas pour nous ravitailler, nous avons quitté Clermont Ferrand pour le sud de la France, où nous avons vécu pendant prés de 3 ans! A Béziers, plus exactement, où nous nous sommes enfoncés dans la came jusqu’aux yeux!

Système D, squatts, manche, on se débrouillait comme on pouvait, et à Béziers il faisait beaucoup moins froid qu’à Clermont et on y trouve de la came beaucoup plus facilement! Nous avons touché le fond!

Puis declic! La manche ne rapportait pas beaucoup d’argent pourquoi pas le trottoir ?! En fait nous avions tenté 2 ou 3 fois de décrocher! en vain! Mais cette fois nous étions prêts à franchir un cap : soit je me mettais au trottoir! et c’en était fini pour nous deux, nous ne serions restés ensemble que pour le produit et il aurait fini par nous détruire ; ou on essayait de choper les minces chances qu’on avait de décrocher. On n’a pas réfléchi longtemps!

On a quitté Béziers! aujourd’hui, je pense, pour ne pas mourir!

Aujourd’hui, ça fait 6 ans qu’on a décroché de l’héroïne, on a un petit garçon de bientôt 5 ans en pleine santé (on a de la chance étant donné ce qu’on a traversé)! et moi j’en suis là à tenter d’exorciser un passé au sein d’une famille de tordus, pour tenter de trouver la paix et de permettre à notre fils d’avoir une existence équilibrée (pas comme la notre).

En tout cas merci beaucoup de m’avoir lue! La route est longue mais je veux m’accrocher!

Carpe Diem Mais Fais Gaff' Kan Même

LOon@

Merci beaucoup d'avoir bien voulu témoigner, et d'avoir accepté de te livrer. Je suis sur que ton petit bout de choux est fier d'avoir une maman aussi courageuse, je vous souhaite beaucoup de bonheur et de courage à tous les trois. Merci pour ton amitié...

Reçu par mail le 03.07.03

Vous pouvez m'envoyer vos témoignages à eternal1@wanadoo.fr en cliquant sur l'envellope