LES CONSEQUENCES DES ABUS SEXUELS
LE SUICIDE
La dépression peut entraîner des idées suicidaires et même des tentatives de suicides. il est dur de faire quelque chose, de sortir, de manger, plus rien ne fait plaisir, plus rien n'a de sens, on se renferme et on se mur dans notre douleur, avec une seule idée en tête : que tout cela cesse...

INTRODUCTION

L'adolescent est bien souvent un être fragile. Sous un corps d'adulte, il cache un psychisme qui n'est pas celui d'un enfant sans être pour autant celui d'une grande personne. Chaque année, nombreux sont les jeunes qui se suicident ou tentent de se donner la mort. Des jeunes chez qui se produit un phénomène de ras le bol.

Un adolescent qui tente de mettre fin à ses jours, de quitter une vie qu'il ne supporte plus... est-il acte plus poignant, plus désespéré ? . C'est pourtant une réalité cachée au coeur de notre société. Rien ne sert de se voiler la face.

De nombreux adolescents vivent dans un milieu familial perturbé au point d'envisager le pire. Pourquoi des jeunes qui ont toute la vie devant eux sont-ils si désespérés au point de mettre fin à leur jour? Il demeure difficile de donner une explication simple à cette question. Mais quelles sont les causes réelles de ces drames? L'adolescent mesure-t-il toujours la légitimité de pareils actes? Comment réagit son entourage face à cette fatalité ?

Après avoir préalablement définit le suicide, nous ferons tout d'abord le point sur l'état actuel du suicide chez les jeunes en France.

Ensuite, nous tenterons d'exposer causes, raisons et processus du suicide, ainsi que certains mythes dus à la méconnaissance de ce sujet.

Puis, nous insisterons sur les attitudes à adopter pour aider ces adolescents à travers des témoignages et l'avis d'experts en la matière.

I) Constat général sur le suicide chez les adolescents

1. Définition générale du suicide

Le suicide est l'action de se donner volontairement la mort. Selon le sociologue Émile Durkheim, le suicide résulte directement ou indirectement d'un acte positif ou négatif accompli par la victime elle-même et qui savait devoir produire ce résultat.

Acte exclusivement humain, le suicide est commun à toutes les sociétés depuis les temps les plus reculés. Mais on relève des différences majeures dans l'attitude des groupes et des sociétés envers le suicide, dans la façon dont il est commis et dans sa fréquence à différentes époques de l'histoire.

2. Définition générale de l'adolescence

Le psychologue américain G. Stanley Hall soutient que "l'adolescence est une période de stress émotionnel résultant des modifications physiologiques rapides et importantes qui surviennent à la puberté". Cependant, les études de l'anthropologue américain Margaret Mead ont montré que le stress émotionnel n'était pas inévitable mais qu'il était culturellement déterminé. Elle a montré que les difficultés de la transition entre l'enfance et l'âge adulte variaient d'une culture à l'autre. Le psychologue américain d'origine allemande Erik Erikson considère que le processus de développement psychologique se déroule tout au long de la vie.

L'adolescence correspond au passage d'un individu dépendant à un individu indépendant dont l'identité va lui permettre de communiquer avec les autres d'une manière adulte.

3. Définition du suicide à l'adolescence en psychologie


Le suicide se définit comme tout comportement qui cherche et trouve une solution pour un problème existentiel dans le fait d'attenter à sa vie. Le suicide à l'adolescence est un phénomène tragique qui ne cesse d'augmenter. Il constitue la deuxième cause de mortalité chez les jeunes âgés de 15 à 19 ans. De plus, le taux de suicide chez les jeunes est sous-estimé puisqu'il ne tient compte que des suicides officiels et excluent ceux déguisés en accidents. Le suicide à l'adolescence dénote la présence d'un malaise important, c'est un cri de souffrance, de désespoir et d'appel à l'aide. L'explication du suicide ne se trouve pas dans un facteur précipitant mais dans l'histoire passée, le vécu problématique, les conflits antérieurs. Il y a eu une escalade de problèmes, ceux-ci ont commencé très jeune, ils se sont accrus et accumulés avec les années, puis ils ont atteint un point culminant à la période de l'adolescence. Lorsqu'un dernier problème vient s'ajouter c'est la crise suicidaire. Précisons toutefois qu'une crise n'est pas toujours suicidaire et qu'elle peut être une occasion de croissance tout comme elle peut dégénérer en crise suicidaire. L'adolescence est une période plus susceptible d'engendrer des comportements suicidaires. Il importe de savoir qu'il s'agit d'une période intense de changements social, familial, physique et affectif. L'adolescent veut être autonome quoique toujours dépendant des adultes, de ses parents. Un changement majeur dans la perception de ce qu'il est se produit à cause des changements corporels. Les changements de son corps n'offrent plus de référent, il se sent désorganisé, malhabile, peu attirant. Au niveau sexuel, il doit définir son identité afin de pouvoir établir une relation avec l'autre, ce qui lui fait vivre beaucoup d'anxiété.

Sur le plan social il fait le va et vient entre l'enfance et la vie adulte ;

on veut qu'il agisse en adulte alors qu'on ne lui accorde que des permissions et des responsabilités comme s'il était encore un enfant. Ce mouvement de va et vient possède un effet rassurant, le retour à des bases sécurisantes lui donne un répit pour se refaire des forces pour affronter le monde nouveau et inconnu de la vie adulte. Avant de faire partie du monde adulte, il évalue, juge, critique la vie des adultes, il est souvent confrontant pour son entourage. Sa maturation intellectuelle lui permet de philosopher et de se poser des questions sur le sens de la vie et de sa place dans le monde. Le côté émotif est mis à vif, tout est bouleversé : le corps, les relations, les exigences envers lui. Tous ces changements sont difficiles à prendre. Sur le plan psychologique, il est impulsif, hypersensible, susceptible, émotif, impatient, il est constamment en déséquilibre, en état de conflit, il a l'impression d'être seul. Le groupe de pairs est important à l'adolescence. Il lui permet de se confronter et de se confirmer. Le groupe lui donne un sentiment d'appartenance et de ne plus être seul. Il recherche la popularité, il veut l'originalité mais il a besoin d'être approuvé par ses pairs.

L'adolescence est donc une période intense de changements. Ces changements sont normaux mais font vivre différents degrés d'angoisse et d'anxiété. Si d'autres agents stressants s'ajoutent, ils peuvent précipiter le jeune dans des comportements suicidaires.
Le comportement suicidaire est choisi seulement après qu'une série d'autres comportements aient été essayés et aient échoué. Le comportement suicidaire est alors perçu comme la seule voie possible. La tentative de suicide de l'adolescent traduit l'expression d'un désir de changement, de mettre fin à l’environnement dans lequel il se trouve. Le suicide est une contrainte et une revanche contre le sentiment d'impuissance à faire changer la situation problématique. L'objectif est souvent de changer sa vie plutôt que de mettre fin à sa vie.

4. Constat général sur le suicide chez les adolescents français

Des chiffres précis sont difficiles à avancer concernant le nombre d'adolescents des deux sexes qui arrivent ou essaient de mettre fin à leur jour chaque année.

Rarement sont déclarées les tentatives de suicide à la Police, sauf si elles ont nécessité l'intervention d'un service de secours. Les adolescents ne veulent pas avoir a faire à la Police afin d'éviter les ennuis; leur action étant encouragée par les parents qui se taisent par peur des scandales et des dires des autres. De ce fait ce sujet est encore classé comme tabou de nos jours.

5. Le suicide chez les adolescents français depuis le début des années 90

Le suicide est devenu une cause de décès aussi importante que les accidents de la route chez les jeunes de 15 à 24 ans en particulier. Il représente environ un décès sur six, ce qui semble énorme du fait de sa faible médiatisation. Chaque année, plus d'un millier de jeunes adolescents mettent fin à leur vie, dont 70% du sexe masculin. Quant au nombre de tentatives il est estimé à plus de 45 000 par an. Les taux maximaux se situent entre 15 et 19 ans. Ce qui est intéressant de souligner c'est le fait que 70% des tentatives de suicides échouées soient l’œuvre du sexe féminin.

Les départements du nord et de l'ouest de la France sont les plus affectés.

D'autre part, il est peut-être surprenant de noter que le taux de décès dus au suicide est plus important dans le milieu rural.

6. Les moyens utilisés pour les suicides

Le taux des intoxications par médicaments, gaz ou autres produits est de 86,4%, suivi du taux des phlébotomies * qui est d'environ 8,3% et des violences comme les pendaisons, les immersions ou les armes est de 5,2%.

Il faut noter que les intoxications sont moins utilisées chez les garçons.

7. L'acte suicidaire


Il n'y a pas de différences notables entre les deux sexes, l'acte suicidaire est généralement impulsif et solitaire.

Plus d'un suicidant sur deux déclare ne pas avoir prémédité sa tentative et même n'y avoir jamais songé tandis que près de 20% y pensaient depuis plusieurs semaines, 8,5% depuis moins de 15 jours et 11% de deux à huit semaines. Un suicidant sur quatre y pensait depuis plus de deux mois.

Les trois quarts des suicidants n'ont fait aucun préparatif tandis que l'autre quart s'y était plus ou moins préparé avec des messages ou autres procurations de médicaments.

Les tentatives de suicides ont lieu en grande partie entre 12 heures et 18 heures mais surtout entre 18 heures et minuit.

Plus de deux suicidants sur trois ont fait leur tentative à leur domicile et les filles encore plus souvent que les garçons.

74% des tentatives ont été découvertes fortuitement et suivies d'hospitalisation (94%).

Les filles ont plus souvent appelé au secours : 29% contre 17% pour les garçons.

Le hasard de la chance ou la malchance interviennent souvent de manière de manière déterminante et notamment dans les intoxications volontaires.

8. L'état émotionnel des suicidants

D'après certaines enquêtes, des constatations ont été faites :

- 1,5% des adolescents avaient été dans un état d'extrême gravité
- 15% dans un état grave
- 83% dans un état sans risque.

La situation est cependant jugée très sérieuse pour un sujet sur six.

Après sa tentative de suicide la réaction de l'adolescent est la suivante :

- 31,4% sont heureux d'avoir raté
- 16% veulent recommencer
- 51,9% ne se prononcent pas.

Il doit être noté que l'échantillon comporte 76,7% de filles contre 23,3% de garçons pour les tentatives de suicides.

Sur cet échantillon, il semble intéressant de noter que 5,9% sont originaires d'Afrique du Nord, ce qui est un taux plus élevé que celui de la population générale.

9. Les risques de récidives

Il faut noter que 30% des cas répétant l'acte suicidaire. Le risque de récidive est généralement plus important dans les premiers mois suivant la première tentative. Les facteurs sont nombreux, ces risques sont plus élevés chez les inactifs, et beaucoup présentent une tendance dépressive:

- 45% (ennui permanent, anxiété, absence de dynamisme...)

- 24% ont eu des difficultés scolaires graves et des troubles caractériels du comportement

- 34% des récidivistes fument plus d'un paquet de cigarettes par jour, beaucoup consomment de l'alcool et des médicaments psychotropes*.

10.Les facteurs de récidives


Les différents facteurs se décomposent comme suit :

-Diagnostic psychiatrique.
-Famille de plus de quatre enfants.
-Antécédents familiaux d'alcoolisme
-Antécédents de troubles du comportement et des difficultés caractérielles et scolaires dans le passé du sujet.
-Pathologie relationnelle familiale.
-Tendances dépressives.

Les adolescents qui présentent les plus grands risques de récidives sont ceux qui ont plus de trois facteurs cités ou ceux qui ont subi un diagnostic psychiatrique.

11. Le suicide et la toxicomanie


La toxicomanie est définie par l’O.M.S comme «l’ état de dépendance physique et psychique ou les deux à la fois, vis-à-vis d’un produit » et peut entraîner une souffrance intense en cas de manque. La répétition des tentatives de suicide dans l’histoire des sujets prouve la fonction autodestructrice de la toxicomanie. Cependant, est-elle toujours une conduite autodestruction et est-elle un équivalent suicidaire ?

Initialement, c’est-à-dire quand la tentative de suicide précède ou accompagne le début de l’usage de la drogue, elles ont la même signification.

D’après une étude faite auprès de toxicomanes de 15 à 30 ans ( 70% d’hommes ) : 56% des toxicomanes ont tenté de se suicider (23% une seule fois, 33% plusieurs fois ) même si certains avaient avouent avoir effectué leur tentative avant l’usage habituel de la drogue.

39% ont tenté le suicide après l’installation de la toxicomanie. On constate donc que les toxicomanes représentent une population à risque

Par conséquent, on ne peut pas se permettre de négliger cette population qui représente une grande partie des suicidants.

12. L'adolescent suicidaire

Le jeune suicidaire se perçoit souvent comme mauvais, passif, coupable. Il a une faible estime de soi et se sent indésiré. Il n'a pas encore découvert sa valeur en dehors des normes sociales établies et des pressions exercées sur lui. Il ne se trouve donc pas de place. Il n'a habituellement pas de but dans la vie, il ne s'implique pas dans les activités d'où souvent de faibles résultats scolaires. Il ne se reconnaît aucun contrôle sur son environnement et est très impulsif. Il manque de lien avec sa communauté, ce qui s'accompagne d'un sentiment d'aliénation et par conséquent il n'éprouve aucune attraction envers la société pour continuer à vivre.

II) Causes, processus et conséquences du suicide chez les adolescents

1.Facteurs de risque


a-La famille :

Bien que plusieurs facteurs soient associés au suicide des adolescents, il demeure que les problèmes familiaux sont parmi les premières raisons évoquées par les adolescents suicidaires. Le climat familial est perturbé qu'il y ait séparation des parents ou non. On retrouve des caractéristiques telles que la présence de conflits parentaux et conjugaux, des abus physiques ou moraux des enfants, un climat de violence, l'alcoolisme d'un des parents, l'indifférence d'un des parents à l'égard du jeune, le manque de maturité de la mère, des difficultés ou une absence de communication, l'incompréhension, le manque de soutien, des difficultés dans la négociation des tâches reliées à leur individualité, des attitudes négatives ou négligentes des parents envers le jeune, l'absence d'implication émotive, l'abandon ou le rejet du jeune, les placements fréquents en famille ou centre d'accueil. En ce qui concerne contrôle parental, un contrôle excessif peut décourager l'indépendance et la réalisation de soi. L'adolescent dominé peut se sentir impuissant à changer ce qu'il ne peut tolérer. A l'inverse, l'inconsistance ou le manque de contrôle peut traduire l'indifférence des parents à l'égard de l'adolescent, avec ses conséquences de négligence, de carences affectives et éducatives qui constituent des caractéristiques fréquentes chez les adolescents suicidaires. L'adolescent peut subir l'influence par le fait que des personnes dans son entourage ont fait des tentatives de suicide ou se sont suicidées. Il se produit alors une baisse du niveau d'inhibition face au geste suicidaire.

b-La vie sentimentale :

Perdre la personne que l'on aime est un des événements le plus difficile à surmonter, peu importe l'âge. La plupart des adolescents vivent à un moment donné une peine d'amour. Par contre on observe que les jeunes suicidaires sont engagés plus intensément dans leur relation amoureuse et que la rupture laisse des traces très profondes. La douleur est intense, elle devient insupportable et le jeune a l'impression qu'il ne s'en remettra jamais, que sa souffrance n'aura pas de fin.

c-L'isolement social :

Certains adolescents suicidaires sont seuls, ils ont l'impression d'être rejetés par leurs pairs. Cependant, tous les adolescents suicidaires ne sont pas nécessairement isolés socialement. Plusieurs possèdent un réseau d'amis, bien qu'ils vivent des difficultés relationnelles avec leurs pairs. Toutefois, ils ne sont pas réceptifs au soutien que peut leur offrir l'entourage. Ils préfèrent s'en sortir seul. Ils sont persuadés que personne ne peut les aider comme ils ont besoin de l'être. L'adolescent suicidaire vit donc un isolement qui est davantage affectif que physique.

2.L'adolescent à risques


- Fonctionnement familial perturbé
- Vit des expériences émotionnelles difficiles, perte récente ou événement traumatisant
- Déjà vécu un suicide dans leur famille ou leur cercle d'amis
- S'identifie au défunt et voie en lui un modèle
- Difficulté d'identification sexuelle, homosexualité
- Adopte des comportements déviants tel que la délinquance, la prostitution
- Problème de consommation de drogues, alcool, médicaments
- Les fugues, les placements répétitifs en foyer ou centre d'accueil
- Une ou plusieurs tentatives antérieures de suicide

3.La perte


La crise suicidaire survient suite à une perte qui peut prendre différentes formes : besoins non satisfaits perçus comme une perte de support, d'amour. La perte peut aussi être dans des termes de perte d'identité et d'estime de soi. La charge émotive et affective liée à la perte est importante. Les réactions aux pertes sont intenses et l'adolescent possède un pauvre contrôle de la rage et de l'impulsivité. Quand les pertes et le stress s'accumulent, la réaction de l'adolescent peut aussi être désespérée et indifférente.

Si l'adolescent continue de se détacher du support du système il y aura augmentation des sentiments de désespoir et perte de confiance que sa situation change.

4.Le processus suicidaire

Le processus suicidaire est la période qui sépare le moment où la crise survient et le passage à l'acte. À l'adolescence, cet intervalle peut être très court.

a-La recherche de solution :

Cette étape est normale dans un processus de crise. Pour résoudre le problème, la personne fait un inventaire des solutions possibles. Chacune des solutions fait l'objet d'une évaluation pour juger de sa possibilité à apporter un changement et de son efficacité pour réduire la douleur. Certaines personnes possèdent un vaste éventail de solutions et peuvent identifier des stratégies pour résoudre rapidement la crise. Pour d'autres, l'éventail des solutions est restreint ou diminue parce que les solutions ne répondent pas aux besoins présents. À ce stade, l'idée du suicide n'a pas encore été envisagée ou très peu.

b-L'idéation suicidaire :

Dans la recherche de solution, une image soudaine, brève et passagère de la mort peut apparaître parmi les solutions possibles. Les solutions qui sont inefficaces à réduire l'intensité de la crise sont rejetées. L'idée du suicide apparaît plus fréquemment et est considérée de plus en plus sérieusement, la personne s'y attarde plus longuement, élabore davantage les scénarios possibles.

c-La rumination :

L'inconfort devient de plus en plus difficile à supporter et le désir d'y échapper s'intensifie. L'incapacité à résoudre la crise et le sentiment d'avoir épuisé les possibilités de solutions provoquent une grande angoisse. L'idée suicidaire revient constamment et régulièrement, elle engendre tourment et angoisse attisant la souffrance et la douleur.

d-La cristallisation :

La personne est submergée par le désespoir. Le suicide est considéré comme étant la solution à ses souffrances. Parvenu à ce stade il y a généralement élaboration d'un plan précis, soit la date, l'heure, le moyen, le lieu. On peut parfois observer une rémission spontanée de la crise suicidaire, soudainement il ne semble plus y avoir de problème. L'adolescent peut se sentir soulagé et donner des signes de mieux-être quand le suicide représente la solution définitive, car il possède maintenant un moyen accessible de mettre fin à ses souffrances. Parvenu à cette étape du processus suicidaire, une coupure émotive des autres et un sentiment d'isolement sont souvent présents. Le suicide représente l'ultime tentative de reprendre le contrôle. Un événement précipitant survient, un problème s'ajoute et peut amener le passage à l'acte.

e-L'élément déclencheur :

Parvenu à l'étape de la cristallisation le passage à l'acte devient imminent. Un événement précipitant est souvent relié à l'acte suicidaire. Un problème s'ajoute, dernier d'une série de pertes significatives. Il est important de savoir qu'il n'est jamais trop tard pour intervenir. L'ambivalence et la peur de passer à l'acte suicidaire sont présentes jusqu'aux derniers moments et le processus peut être interrompu en tout temps. À l'adolescence, le processus suicidaire peut-être très court, soit quelques heures. Psychologiquement, l'adolescent est impulsif, instable, émotif. Il est constamment en déséquilibre, en état de conflit. Il agit pour expérimenter avant de réfléchir. C'est pourquoi la période de l'adolescence est plus susceptible d'engendrer des comportements suicidaires. Le processus est plus rapide à la deuxième tentative, les messages sont plus voilés et la méthode utilisée est plus violente.

5.Les signes précurseurs du suicide

Le suicide ne se produit pas sans avertissement. Généralement, les personnes suicidaires donnent des messages et des indices qui annoncent leurs intentions pour alerter leur entourage. Ce sont des appels à l'aide, des restes d'espoir.

a-Les messages directs :

Messages verbaux et allusions à la mort : " Je serais mieux mort", "cela ne vaut plus la peine", "vous ne me verrez plus longtemps", "j'ai peur de me suicider", etc.
Comportements auto-mutilants, dangereux

b-Les messages indirects :

- Faire allusion au suicide de façon indirecte : " Bientôt je vais avoir la paix", "je suis inutile", "je le trouve courageux de s'être suicidé", "je vais faire un long voyage", "vous seriez mieux sans moi", faire des blagues avec le suicide, etc. "
- Préparation pour un départ, arrangements finaux, lettres d'adieu
- Dons d'objets ayant une valeur personnelle importante, de travaux en rapport avec la mort.
- Attrait soudain pour les armes à feu ou produits toxiques

c-Signes de dépression :

- Troubles du sommeil (insomnie/hypersomnie)

- Trouble de l'appétit (anorexie/boulimie)

- Manque d'énergie, fatigue extrême ou agitation extrême à certains moments

- Incapacité à prendre plaisir à quoi que ce soit

- Tristesse, pleurs, découragement

- Indécision

- Irritabilité, colère, rage

- Dévalorisation, faible estime de soi

- Anxiété accrue

- Isolement physique et psychologique

- Perte d'intérêt et de plaisir pour des activités

- Retrait, recherche de solitude

- Coupure des contacts avec la famille, les amis, etc.

- Mutisme

- Repli sur soi, refus de communiquer

- Absence d'émotion

d-Comportements :

- Manque d'attention en classe, mauvaise concentration

- Absence inhabituelle aux cours

- Diminution de rendement scolaire

- Arrêt d'accomplir ses devoirs et ses travaux

- Hyperactivité ou extrême lenteur

- Désintérêt général

- Attrait et préoccupation face au sujet de la mort, la réincarnation

- Changement dans les apparences, négligence

- Consommation excessive d'alcool et/ou de drogue et de médicaments


6.Mythes et réalités sur le suicide

Un certain nombre de mythes circulent à propos du suicide. Les mythes sont de fausses croyances, des idées inexactes. Ils sont mis en place pour se protéger contre la menace suicidaire parce qu'elle place brutalement la mort au centre du paysage. Les mythes justifient notre façon d'agir, soulagent. Ils servent pour ne pas intervenir, pour nous dégager de toute responsabilité et nous libérer de la situation le plus rapidement possible. Il importe de les démystifier.

Mythe : Le suicide se produit sans avertissements

Réalité : Sur dix personnes qui se suicident huit donnent des messages sur leur intention, si minimes soient-ils. Le suicide est le résultat d'un processus qui est presque toujours observable bien qu'il puisse se dérouler très rapidement chez les jeunes.

Mythe : Une personne suicidaire veut réellement mourir.
Réalité : La personne suicidaire souhaite cesser de souffrir et ne désire pas réellement mourir. Elle hésite entre la vie et la mort et laisse à d'autres le soin de les sauver.

Mythe : La personne suicidaire est lâche ou courageuse.

Réalité : La personne suicidaire ne tente pas de mettre fin à ses jours par lâcheté ou par courage mais parce que sa vie est insupportable, qu'elle ne perçoit pas d'autres solutions et qu'elle est désespérée.

Mythe : Suicidaire un jour, suicidaire toujours.
Réalité : La tendance au suicide est réversible. Le processus suicidaire ne dure pas toute la vie et il peut être arrêté définitivement même chez les suicidaires apparemment chroniques.

Mythe : La personne qui pense au suicide paraît nécessairement déprimée.
Réalité : Les symptômes varient en fonction de la personnalité de chacun. Sous une apparence de bouffon ou de " dur à cuire " peut se dissimuler une grande tristesse


Mythe : Lorsqu'il y a une amélioration des risques suicidaires cela signifie que le danger est passé.
Réalité : Une personne qui décide se tuer peut sembler soulagée, même heureuse. L'entourage peut penser que la crise est terminée alors qu'il n'en est rien. Il faut demeurer vigilant. La grande majorité des suicides se produisent dans les trois mois qui suivent le début de la période d'amélioration.

Mythe : Le suicide est héréditaire.
Réalité : Le suicide n'est pas héréditaire. Par contre, une personne dont l'un des membre de la famille s'est suicidé risque davantage de faire une tentative un jour.

Mythe : Les personnes qui se suicident sont des malades mentaux ou des fous.
Réalité : Les personnes qui veulent s'enlever la vie ne souffrent pas toutes de maladie mentale et les personnes souffrant de maladie mentale ne sont pas nécessairement suicidaires. La personne suicidaire peut être sous le coup d'un trouble émotif temporaire ou ne voit aucun espoir pour se sortir d'une situation difficile mais cela ne fait pas d'elle un malade mental


Mythe : La personne qui menace de se suicider ne le fait pas, il s'agit d'une forme de chantage pour attirer l'attention.
Réalité : La menace de suicide doit être prise au sérieux et ne doit pas être considérée comme de la manipulation. La personne qui agit ainsi souffre véritablement et a besoin d'aide. Même s'il peut parfois y avoir une part de manipulation dans les messages envoyés, il ne faut pas oublier qu'il y a aussi une bonne dose de désespoir


Mythe : Les personnes suicidaires ont une faible personnalité.
Réalité : Il n'existe pas de personnalité suicidaire type. Contrairement à ce qu'on pourrait croire, il s'agit de personnes possédant beaucoup d'énergie. Souvent, elles ont traversé d'énormes difficultés (perte, rejet,viol, etc..

Mythe : Le suicide se produit dans les milieux défavorisés économiquement.

Réalité : Le suicide se produit dans toutes les classes sociales.

Mythe : Une personne qui survit à sa tentative de suicide et qui présente une amélioration subite de son état psychologique va s'en sortir plus facilement.

Réalité : Une bonne partie des suicides se produisent dans les trois mois qui suivent le début de la période d'amélioration.

III) Les solutions pour aider ces adolescents suicidaires

1.Interventions pour aider une personne suicidaire

- Il faut essayer de briser l'isolement que vit le jeune et aborder directement le sujet du suicide. Parler du suicide n'incite pas au passage à l'acte au contraire cela permet de briser l'isolement, d'exprimer ses souffrances, de lui faire entrevoir d'autres avenues. Ainsi, en lui donnant la possibilité de parler des chose qui le préoccupent, il va être amené à exprimer ce qu'il ressent et vit par rapport à cette situation.

- L'adolescent doit ressentir l'expression de notre disponibilité, il doit donc être écouté sans jugement. Face à cette situation, éviter de brusquer, de se moquer, de culpabiliser ou de faire la morale, lui feront reconnaître la légitimité de ses problèmes.

- En d'autres mots, l'adolescent doit se sentir traiter comme un adulte. Les difficultés du jeune ne doivent en aucun cas être minimisées, ce qui peut sembler un problème mineur pour soi-même représente un problème majeur pour la personne qui souffre.

- Dans le même ordre d'idées ,il faut aider le jeune à se calmer, à accepter de retarder son geste et de se faire aider par un professionnel. On ne laisse pas l'adolescent seul avant d'être assuré que l'urgence a baissé et qu'il est calmé.

- Aussi, on se doit d'évaluer le plus rapidement possible l'urgence suicidaire en vérifiant si l'adolescent a des idées suicidaires continues, s'il dispose de moyen pour s'enlever la vie, si le lieu et le moment sont décidés. Il faut être vigilant au soulagement spontané de la crise suicidaire, cela peut signifier que la décision de passer à l'acte est prise.

- Cependant, si le risque demeure élevé, l'amener à l'urgence d'un hôpital peut se révéler nécessaire. En effet, l'aider à évaluer sa situation permettra de découvrir de nouvelles pistes pour trouver des solutions et explorer avec le jeune l'éventail de solutions possibles et de l'orienter vers des actions concrètes.

- Le jeune doit être encouragé à développer l'estime de soi , il faut donc éviter de tout faire à la place du jeune et favoriser l'autonomie en respectant ses limites et ses capacités.

- Des actions aussi concrètes comme l'encourager à reprendre les activités qu'il aime ou aimait dans la mesure de ses capacités et à son rythme peuvent lui redonner courage.

- Les lieux doivent être rendus sécuritaires : enlever les armes à feu, médicaments et autres objets dangereux. Une personne extérieure est souvent mieux placée pour aider la personne suicidaire car il est très exigeant affectivement pour un proche d'aider davantage une personne suicidaire qui lui est chère, bien que la présence de personnes significatives soit indispensable au mieux-être du jeune suicidaire.

- Il ne faut jamais mettre l'adolescent au défi de passer à l'acte et éviter de donner ses propres recettes de bonheur, ce qui est bon pour soi ne l'est pas nécessairement pour les autres. Il faut donc être réaliste et éviter de faire des promesses que l'on ne pourra pas tenir.

- La famille des adolescents suicidaires devrait toujours être impliquée lorsque l'adolescent reçoit l'aide thérapeutique d'un psychologue afin d'améliorer la communication parent-adolescent, de favoriser l'adoption de stratégies plus adaptées pour résoudre les conflits, de resituer la place de chacun à l'intérieur de la famille, de restaurer le système de valeurs.

2.La prise en charge de l’adolescent suicidant

L’adolescent suicidant doit être pris en charge soit dans le milieu hospitalier où il trouvera des patients comme lui, des médecins, des toxicologues, généralistes, psychiatres, réanimateurs, infirmiers et des assistants de service social.

Hélas bien souvent, des suicidants quittent l’hôpital sans avoir eu d’autres contacts que ceux qu’impose la technique, en plus le personnel est très débordé.

Il faut éviter un excès d’autorité qui pourraient être très mal vécu par l’adolescent.

Il faut noter que le prétexte ne doit pas faire illusion, la situation est toujours grave et c’est ce que montre la récidive ; l’acte non compris est une faille de la prise en charge, la récidive se pose comme aggravation, interpellation.

Le travailleur doit être apte à identifier le milieu de vie particulièrement nocif, chercher des solutions pratiques et légales qui permettraient à l’adolescent d’y échapper et de faire jouer les dispositions visant à protéger l’enfance et l’adolescence en danger.

Cette prise en charge débute par une écoute active mais nécessairement complice et pas totalement dénuée de points de vue moraux. En effet, ces jeunes ne sont pas sans avoir besoin de recouvrir à eux-mêmes à une morale pour juger le mondes et se juger eux-mêmes.


3.Le problème de l’incitation et de l’aide au suicide

Depuis la mise en circulation en avril 1982 du livre «suicide mode d’emploi » ( Editions Moreau), vendu à plus de 300 mille exemplaires, il serait à l’origine d’une cinquantaine de suicides.

Yves Le Bonniec et Claude Guillon en sont les auteurs. A la veille de son huitième tirage, l’éditeur a fait réaliser par l’Institut français de recherches économiques et sociales, un sondage sur « les Français et le suicide » :

Un « sondé » sur deux déclare en effet que le suicide est un droit fondamental de l’individu.

Bien évidemment, les auteurs ont été de nombreuses fois, ainsi que l’éditeur, poursuivis en justice par les membres des familles de personnes qui se seraient suicidées avec comme « mode d’emploi » ce livre, mais en plus des informations supplémentaires des auteurs.

Selon la loi visant à réprimée l’incitation et l’aide au suicide, ils ont été inculpés d’homicides volontaires. En effet, ce livre s’inscrit dans le mouvement pro-euthanasique d’origine anglaise.

D’après certains médecins, ce livre est dirigé contre la médecine, la psychiatrie et la psychanalyse ; son chapitre le plus dangereux est celui qui donne les précisions techniques utiles au candidat au suicide.

Ce livre, outre l’incitation au passage à l’acte, apporte un degré de gravité, en particulier chez ceux qui sont partagés entre deux désirs : mourir ou vivre.

Les doses toxiques qu’ils utilisent sur le conseil de ce livre sont telles que le pourcentage de sauvetage dans les services de réanimation est en diminution. Des associations se sont constituées, des parlementaires sont intervenus pour obtenir le retrait de la vente de ce livre, mais en vain. En outre, les dispositions de la loi sur la presse qui répriment la provocation à certains crimes ou délits ne sont pas applicables au cas d’espèce pour la même raison.

le suicide chez les adolescents est un sujet peu connu par les jeunes, non pas parce que c’est un sujet tabou, mais plutôt parce qu’il est faiblement médiatisé sûrement car les familles des victimes ne souhaitent pas s’expose ce qui peut être dans certaines mesures légitime.


Références bibliographiques :

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