LES CONSEQUENCES DES ABUS SEXUELS
LES TROUBLES DU COMPORTEMENT ALIMENTAIRE (TCA)
CONSULTER UN SPECIALISTE
Voyons comment un personne souffrant de TCA peut commencer à travailler sur sa guérison. Comment savoir quand cela est possible et quand il est préférable de recourir à l'aide d'un spécialiste?

- Le principal critère est le sentiment d'avoir de la volonté. Si la lecture du chapitre précédent vous a convaincue, vous a rendu optimiste, les conditions sont réunies pour commencer à travailler sur vous même. Mais si vous avez le sentiment d'une trop grande difficulté, si vous ne vous sentez pas l'énergie nécessaire, si cela vous déprime et détruit en vous tout espoir, vous devez chercher de l'aide auprès d'un spécialiste.

- Le deuxième aspect est : quel soutien pourrez vous rencontrer si vous vous lancez seule dans l'aventure? La difficulté fondamentale est que par le passé les soutiens vous ont manqué. Il importe de ne pas répéter le traumatisme en essayant de vous débrouiller seule. Si vous ne parvenez pas à rencontrer des personnes souhaitant vous aider, des personnes assez fortes pour supporter votre douleur et vos difficultés, allez consulter un spécialiste.

- Si vous êtes atteinte depuis longtemps, si vous êtes physiquement malade ou en danger et si vos mauvais modes d’alimentation et de pensée anorexique ou boulimique sont profondément enracinés, il vous faut également un spécialiste. Si vous n'êtes pas en mesure d'appeler vous même à l'aide demandez à votre famille de s'en charger.

- Si vous avez d'autres problèmes physiques (diabète, grossesse...) ou psychologique (toxicomanie, alcoolisme...) vous avez besoin d'un spécialiste.


A QUOI SERVENT LES SPECIALISTES ?

N'espérez pas, comme on le croit parfois, une intervention miraculeuse qui vous débarrassera de votre maladie sans souffrance. La guérison sans douleur, c'est ce dont nous rêvons tous, mais il n'y a pas de miracles et le processus de réhabilitation exige un travail difficile de votre part et de celle de vos proches, que des spécialistes soient ou non à vos cotés. C'est en affrontant cette douleur que vous réussirez.

Un bon professionnel peut néanmoins vous offrir un soutien plus important que la plupart de vos relations. Voici des exemples d'aide que vous recevrez.

GESTION DU COMPORTEMENT ALIMENTAIRE

Selon que vous serez soignée en clinique ou en consultation externe, et selon le degré de gravité de votre maladie, quelqu'un contrôlera votre poids et prendra une part active à vos efforts pour modifier vos modes alimentaires. Au début, et si votre poids est dangereusement bas, cela peut être un grand soulagement si quelqu'un endosse une part de vos responsabilités en matière d'alimentation. La tache consistant à prendre soins de vous et à être attentive a vos besoins étant trop lourde, il est bon que vous receviez de l'aide. Les soins hospitaliers représentent souvent un soulagement pour les familles, qui ne savent plus quoi faire et sont très inquiètes de l'état de la malade.

Comme la désorganisation alimentaire a été le seul moyen de vous débrouiller, aussi longtemps que vous aurez le sentiment d'en avoir encore besoin, vous n'aurez pas la volonté de renoncer. Un bon spécialiste admettra l'importance de ce dérangement, ne vous imposera pas un programme de réalimentation avec un nombre de calories important et fera tout pour découvrir la part de vous qui veut guérir. Mais plus vous êtes malade physiquement et psychologiquement, moins vous êtes susceptible de découvrir en vous cette part saine. C’est pourquoi les spécialistes seront obligés de s'impliquer davantage dans votre alimentation.

Au pire, pour les anorexiques comme pour les boulimiques anorexiques, on mettra en place une alimentation par perfusion. La mesure ultime étant l'intubation, par laquelle des aliments liquides iront directement dans votre estomac. Mais ces mesures d'urgence ne sauraient être des solutions à long terme. Viendrons ensuite une combinaisons de régimes liquides additionnés d'un peu de nourriture solide, ensuite un régime tournant autour de 3000 calories par jour. Vous prendrez du poids, environ 1 kilo par semaine mais certains spécialistes considèrent que c'est trop rapide et préconisent une prise de poids ne dépassant pas 500 grammes par semaine.

Cela va vous terroriser. Que vous soyez anorexique ou boulimique, la simple pensée de repas réguliers et contrôlés va vous horrifier.

Dans de telles circonstances, vous oublierez totalement la partie de vous qui veut guérir et vivre. Une anorexique ou une boulimique voit la main tendue comme une tentative de destruction, si vous voyez les choses de cette façon, vous résisterez aux efforts nécessaires.

Cette résistance et la façon dont elle est gérée forment l'aspect le plus délicat du programme de guérison et sont la source de drames terribles en milieu hospitalier. Dans les cas extrêmes, il arrive que le médecin et la patiente se livre à une bataille sans merci qui s'achève par le départ de la malade, volontaire ou demandé par le médecin. Il vous est extrêmement difficile de conserver le contact avec la part de vous qui veut de l'aide, votre médecin ressent le même problème car il ne faut pas perdre de vue que vous êtes terrorisée et qu'il doit avoir une patience immense.

Along termes, vous devez trouver la part de vous qui admet de manger normalement, car personne ne peut faire cela a votre place. Les morts d'anorexie ou de boulimie se produisent lorsque ni la malade, ni les médecins n'ont réussi à mobiliser cette partir saine.

Il existe deux méthodes pour essayer de surmonter votre résistance à une alimentation normale dans un cadre hospitalier.

La première consiste à vous surveiller étroitement pour s'assurer que vous ne détruisez pas la nourriture que vous devez manger, ou que vous ne continuez pas de vous faire vomir ou d'utiliser massivement les laxatifs. Une personne reste auprès de vous pendant vos repas et au moins une heure après, et vous accompagne même aux toilettes.

La seconde consiste en un système de récompenses. Avec de "bons points" comme l'autorisation de sortir du lit pour aller au toilettes, s'habiller, quitter le pavillon, téléphoner....

Si vous êtes traitée en consultation externe, on aura mis en place avec vous et souvent avec votre famille, un moyen de gérer votre résistance à al guérison sans recourir a l'hospitalisation. Certaines personnes atteintes de troubles de l'alimentation sont parfois traitées comme patients de jour dans une unité spécialisée. On demandera à votre famille de collaborer, par exemple en vous donnant des repas spécifiques à des moments bien précis. Plus les spécialistes auront confiance en votre capacité a utiliser la part de vous qui veut aller bien, plus ils vous responsabiliseront pour gérer cette résistance. Ainsi, a la phase la plus avancée du processus, on vous demandera probablement de collaborer en mettant vous-même au point votre calendrier de repas, en vous indiquant quelques principes directeurs pour régler vos problèmes, puis vous aurez des rendez vous réguliers pour surveiller la manière dont vous vous y prenez.

LES DEMARCHES GENERALES

Dans toutes approches professionnelles des désordres alimentaires, la première chose est d'explorer et de discuter de vos conceptions de la nourriture, du poids, de la silhouette et de la corpulence. La démarche est de vous faire comprendre que vos idées en la matière sont erronées.

LES DEMARCHES PSYCHOTHERAPEUTIQUES

Outre ces éléments de thérapie comportementale, les meilleurs programmes intégreront votre passé affectif, l'expression des sentiments et votre développement en tant qu'individu. Beaucoup de spécialistes pensent que ces trois éléments sont inséparables : par exemple un programme de prise de poids lent et graduel permettra d'élaborer des manières d'être différentes.

En milieu hospitalier, ces démarches seront prises en charge par des personnes différentes mais, lorsque vous irez mieux, un seul coordonnateur sera chargé de réunir ces trois éléments du programme de réhabilitation. Un psychothérapeute n’accorde aucune intention aux démarches comportementales. Ces thérapies ne connaissent pas un très bon taux de réussite, aussi informez vous à ce sujet lors de tout entretien initial.

Il faut que les réalités de votre comportement alimentaire et les aspects obsessionnels soient pris en compte, à moins que vous n'ayez déjà avancé sur la voie de la guérison et que vous maîtrisiez tout vous même.

Certains thérapeutes ne s'intéressent guère à l'élément psychothérapeutique. *On rencontre cependant avec eux un bon taux de réussite en matière de boulimie. On peut comprendre que la thérapie générale puisse modifier les attitudes envers la nourriture, le poids, la silhouette et la corpulence. Il st plus difficile de savoir comment se règle la question du développement personnel.

Les problèmes auxquels s'intéresse la psychothérapie sont les relations que vous entretenez avec votre famille, votre passé et votre vie. Le spécialiste fera en sorte de vous mettre en contact avec les sentiments que vous entretenez dans ces domaines.

LA RELATION THERAPEUTIQUE

La psychothérapie s'appuie sur la conviction que nous avons besoin d'une relation avec quelqu'un pour pouvoir faire face aux difficultés affectives que nous rencontrons au cours de notre vie. Si pour une raison quelconque, nos familles n'ont pas pu tenir ce rôle, nous aurons besoin d'une aide supplémentaire. Le thérapeute doit être votre point d'appui lorsqu'il n'y a personne d'autre dans votre vie pour : écouter, accepter, comprendre, vous aider a savoir qui vous êtes.

Une bonne relation thérapeutique vous amènera à faire confiance a votre thérapeute, ç vous appuyer sur cette personne, de façon a vous sentir suffisamment en sécurité, à être plus ouverte. Si vous vous êtes mal alimentée pendant des années, il vous faudra réapprendre toutes sortes sortes de choses. De nombreux psychothérapeute pense aujourd’hui qu'un dérangement alimentaire met le développement émotionnel " en veilleuse" de sorte que, lorsque vous guérirez, il vous faudra combler quelques retards.

Ces processus ne peuvent se dérouler sur quelques semaines. Il serait insensé de croire qu'une personne puisse mal se nourrir pendant 6 ans et guérir en 6 mois.

Le comportement alimentaire des boulimiques peut parfois changer très vite mais vous aurez besoin davantage de temps pour obtenir des changements plus profonds. N'oubliez pas cela lorsque vous chercherez de l'aide.

Rappelez vous aussi que le succès de la thérapie ne sera jamais que le reflet de votre relation avec le thérapeute. Lorsqu'un thérapeute vous évalue, évaluez le aussi et demandez vous si vous pourrez commencer a partager avec lui ou elle les choses qui vous perturbent.

LA THERAPIE FAMILIALE

C'est en raison de la jeunesse fréquente des malades et du fait qu'elles vivent avec leurs familles ou entretiennent avec elles des liens encore très étroits, que de nombreux programmes de réhabilitation proposent des thérapies familiales pour chercher quels événements survenu dans leur famille les ont obligées a désorganiser leur alimentation.

La famille devra faire preuve d'un énorme courage pour autoriser un étranger à pénétrer dans son intimité, mais la modification de la dynamique familiale et des relations est la meilleure issue dans un cas de désordre alimentaire. Si la malade guérit, la famille se retrouve et génère un potentiel positif pour tous.

LES THERAPIES ARTISTIQUES

Le plus grave problème que pose l'anorexie ou la boulimie réside dans la difficulté de maîtriser et d'exprimer les sentiments. Bien des thérapeutes pensent que des manifestations non verbales sont d'un grand secours pour libérer la parole. Les beaux arts, le théâtre, la musique et la danse font souvent partie des programmes de guérison proposés. Ces modes d'expressions peuvent se révéler fort utiles.

EN ROUTE POUR LA GUERISON

Vous avez décidé de guérir, avec ou sans l'aide d'un professionnel. Rassemblez toutes vos forces et tout votre courage!!! Vous sortirez probablement renforcée de cette aventure. Vous allez beaucoup apprendre sur vous même et améliorer votre capacité à vous prendre en charge. Ce processus de guérison est aussi l'occasion de vous lancer sur le long chemin qui vous permettra de devenir vous même et de développer votre potentiel. Personne n'entreprend des changements en profondeur simplement parce que cette idée semble sympathique, nous changeons parce que nous ne pouvons plus supporter ce que nous sommes. Si la douleur de votre désordre alimentaire vous affecte au point de vouloir changer, elle peut également vous apporter l'énergie dont vous avez besoin pour prendre votre vie a bras le corps

Source : "j'ai lu, comprendre, prévenir, guérir, les guides essentiels, anorexie et boulimie de Julia Buckroyd"