LES CONSEQUENCES DES ABUS SEXUELS
LES TROUBLES DU COMPORTEMENT ALIMENTAIRE (TCA)
LES CAUSES DES TROUBLES DU COMPORTEMENT ALIMENTAIRE
1ere partie : L'ANOREXIE ET LA BOULIMIE :

UNE ISSUE DE SECOURS

Au premier abord, il semble aberrant de considérer l'anorexie et la boulimie comme des solutions de vie, car on pourrait penser que l'angoisse et la détresse qu'elles induisent chez les malades sont des manières de ne pas s'en sortir.

Les conséquences affectives et physiques sont terribles. Dans l'un au l'autre cas la malade se sent mal dans sa peau, s'inquiéte de son poids, de la nourriture, de sa silhouette, de sa taille et oublie pratiquement tout le reste. Elle ne peut pas travailler normalement. Elle se sent mal, fatiguée, faible, son appareil digestif l'a fait souffrir en permanence.

Outre son état physique, son isolement et son comportement étrange et obsessionnel provoquent une anxiété énorme chez ses proches. Sa famille, ses amis se désespèrent de leur impuissance à l'aider.

Malgré ça la malade s'obstinera des années même si la maladie atteint un seuil suffisamment grave pour que soit posé un diagnostique clinique, plus cela durera, plus la guérison sera longue et difficile.

Beaucoup pense qu'il suffirait qu'elle mange correctement pour que tout s'arrange mais malgré un grand nombre de travaux et de rapports sur ces pathologies, les zones d'ignorance restent immenses. Les malades suscitent rarement de la compassion, parfois elles rencontrent même une franche hostilité

La recherche d'une cause physique

L'anorexie et la boulimie sont de plus en plus fréquentes, surtout dans les pays développés et elles touchent plus particulièrement les jeunes femmes mais à ce jour les tentatives d'identifier les causes physiques, comme l'hypothèse d'une déficience en zinc, n'ont à ce jour débouché sur aucun examen sérieux...

L'approche psychologique

L'hypothèse admise par la plupart des cliniciens est que ces manifestations ont un sens et un objectif psychologique. Elles ont un rapport avec la personne et sa famille mais également avec la civilisation et la société dans laquelle elle vit.

L'anorexie et la boulimie ont une fonction : elles visent un autre but que celui avoué qui est la minceur. Une malade vous répondra que tout ce qu'elle veut c'est être mince, si c'était la seule explication tout serait merveilleux mais elle est déjà mince, très mince, et elle continu d'affirmer qu'elle est grosse. Etre une "boulimique a poids normal" c'est exactement cela : avoir un poids normal. Si elle voulait être plus mince, elle devrait choisir un autre martyre car celui qu'elle a choisit la maintient dans la norme. Autrement dit, l'anorexique autant que la boulimique se sont mises en situation de ne jamais parvenir à l'objectif qu'elles s'étaient fixé.

L'anorexique peut réellement mourir de faim en jurant jusqu'a son dernier souffle que tout ce qu'elle veut c'est être mince. La boulimique détruit sa santé en utilisant les mêmes arguments : conserver un poids invariable en se faisant vomir. Cependant la boulimie et l'anorexie ne sont pas simplement un problème de nourriture ni uniquement une affaire de minceur.

Qui voudrait consciemment de ces maladies? Les conséquences sont terribles et les souffrances atroces. C'est donc qu'il existe un autre but que la recherche de minceur, un objectif qui ne saurait être atteint d'une autre manière.

Les obsessions et leur usage

L'aspect le plus évident de ces deux maladies est leur nature obsessionnelle. La malade pense constamment à sa nourriture, son poids, sa silhouette... A un stade avancé de la maladie, penser à autre chose deviens impossible. C'est ainsi qu'elle se coupe de ses amis, de sa famille, et qu'elle finit par ne plus pouvoir étudier ou travailler. Un des signes montrant qu'une jeune femme cherche à se sortir de cette prison est qu'elle en a assez de se peser et de vivre "nourriture, poids taille silhouette" chaque jour.

La personne extérieure est horrifiée de voir à quel point la malade devient obsessionnelle, incapable de s'intéresser à autre chose. L'anorexie et la boulimie sont-elles une protection? Ou une solution à ce qui peut perturber profondément les malades?

La malade est soucieuse ,anxieuse, tendue, malheureuse pour une raison autre que la minceur, c'est plutôt un moyen de conjurer des angoisses cachées. Il est vraisemblable que l'anorexie et la boulimie sont des moyens de se défendre contre des pensées, des sentiments ou des souvenirs pénibles.

Ces maladies sont des "solutions". La question qui demeure est : qu'est ce qui a besoin d'être defendu avec un tel acharnement?

Quand, comment l'obsession naît-elle?

C'est une des meilleure question que la malade peut se poser pour comprendre le sens de sa maladie.

Quand tout cela a t'il commencé?

Un grand nombre de malade semble capable de dater le début de leurs difficultés. Un bouleversement, un traumatisme précis dans leur vie... Les évènements sont très divers d'une personne à une autre. Les causes peuvent être : (liste non exhaustive)

- Décès d'un parent

- Maladie mentale ou physique d'un parent

- Décès d'un frère ou d'une soeur

- Décès d'un grands-parents qui était très proche

- Divorce ou séparation des parents

- Viol ou agression sexuelle

- Départ du foyer parental

- Perte d'une relation amoureuse

- Perte d'une grande amitié

- Examen

- Provocation

- Brimade

Toutes les malades ne parviennent pas à trouver un incident ou un traumatisme coïncidant avec le déclenchement de leurs problèmes. Elles ne voient pas la gravité de ce qui leur est arrivé, ou elles ne sont pas conscientes de son importance. Généralement ce genre de personne nie catégoriquement qu'un événement précis coïncide avec le début des troubles.

D'autres personnes ne peuvent pas reconnaître ce qui leur est arrivé parce qu'elles ne sont pas conscientes des effets de leur stress.

Pour un grand nombre d'anorexique et de boulimique, la maladie semble avoir été déclenché non pas par un évènement mais par un état de fait permanent. Ces situations peuvent être terribles, comme celles résultant de sévices sexuels, de violences, ou de conflits familiaux. D'autres situations sont davantage liées à la sensation qu'a la malade de ne pas avoir les ressources nécessaires lui permettant d'être la personne que d'autres personnes semblent vouloir qu'elle soit.

Il est probable que dans chacun de ces cas, les troubles de l'alimentation sont une échappatoire à des situations de souffrance que la personne n'a pas su gérer. Mais il y a forcément autre chose... Bon nombre de ces situations sont des évènements ordinaires de la vie que chacun doit surmonter. Tout le monde ne sombre pas, même confronté à des traumatismes plus graves. Pourquoi, chez certaines personnes, peuvent-ils déclencher l'anorexie ou la boulimie?

Les familles, les sentiments, les sensations

La réponse est que la personne a eu besoin d'adopter ce genre de comportement par rapport à son vécu. On rencontre l'anorexie et la boulimie chez une femme jeune qui vit encore dans sa famille ou qui vient de la quitter. Elle est toujours imprégnée par les moeurs de cette famille, en particulier par la manière dont ces personnes se comportent dans le domaine des sentiments.

Nous, être humains, voulons et pouvons gérer nos émotions en affichant et partageant nos sentiments. Une personne qui ne fait cela que rarement, qui rit ou sourit peu, qui ne pleure, ni ne crie, qui ne manifeste pas physiquement sa tendresse, est considéré comme froide, ou insensible. Les médias nous inondent de manifestations de sentiments. Les livres, le théâtre, le cinéma nous abreuvent de personnes montrant leurs sentiments sans retenu.

Mais ce n'est pas permis dans toutes les familles. Pour diverses raisons, elles découragent souvent les enfants ( et parfois les adultes, d'exprimer ouvertement leurs sentiments, en particulier lorsqu'ils sont négatifs, comme la colère la déception, la méfiance, l'irritation, la critique. Dans notre société, il n'est pas rare que les familles imposent encore à leurs enfants des règles très rigides quant aux sentiments autorisés et à leurs modes d'expressions.

Une famille stricte

Si étant enfants, les parents ont appris de leurs parents les attitudes dont ils devraient avoir peur ou honte. Ils reproduisent les même modèles et les transmettent à leurs enfants. On leur a appris à avoir peur ou honte de certains sentiments. Si les parents sont limités dans leurs capacités d'expressions, les principales victimes sont leurs enfants. Les occasions d'exprimer leurs sentiments étant réduites, ils doivent être très attentifs aux sentiments de leurs parents.

Une famille heureuse

D'autres systèmes empêchent ou inhibent la libre expression des sentiments, l'un d'eux est la famille " heureuse" : elle estime quasiment impossible l'expression de tous sentiments dérangeants. Dans certaines familles personne n'a le droit d'exprimer ce qu'il ressent sur le plan affectif, leur vie parait classique et rangée, même si l'éducation des enfants se fait sur un mode plutôt stricte, les parents contrôlent la vie de leurs enfants et prennent les décisions importantes pour eux, tout signe de révolte est étouffé. Ils sont en apparence une famille heureuse, du moins au yeux des autres.

Une famille surmenée

Certaines familles n'arrivent pas a accorder suffisamment d'attention aux besoins de leurs enfants. Les parents déjà dépassés par ce qu'ils ont à faire, ne parviennent pas a prendre quelque chose d'autre encore en charge, et les enfants doivent se débrouiller seuls

Les besoins émotionnels

Lorsqu'une personne jeune se trouve dans un environnement ou, pour quelques raisons, ses besoins émotionnels ne peuvent être comblés, elle ne peut traiter les sentiments ordinaires qui émergent des événements de la vie quotidienne. Dés son plus jeune age, elle est conditionnée à surveiller les sentiments qu'elle exprime au sein de sa famille. Elle intègre cette attitude pour avoir l'approbation de ses parents. Comment peut-elle gérer ces sentiments si on lui refuse les moyens normaux de les exprimer ouvertement et de s'en expliquer avec une personne de confiance? Elle trouvera d'autres voies moins normales, moins saines, moins directes pour s'exprimer.

Adolescente elle réussira à se débrouiller seule sans développer de symptômes psychologiques graves de tension, jusqu'a ce qu'une situation vienne détruire cet équilibre fragile, comme un décès... Alors les sentiments interdit de paroles vont se montrer mais d'une autre manière.

Les garçons s'exprimeront souvent en adoptant des comportements plus ou moins délinquants, provocants et extériorisés, depuis l'échec scolaire jusqu'a l'acte criminel. Ces comportements viseront des cibles extérieures et les biens d'autrui

A l'opposé, les filles trouvent des voies d'expression qui ne nuisent qu'a elles : Dépression, sexualité intempestive, mutilation et de plus en plus depuis une 20aine d'année, troubles alimentaire notamment anorexie et boulimie.

Des sentiments indicibles

Grandir dans un environnement ou les sentiments ne peuvent s'exprimer librement entraîne d'autres problèmes. On n'apprend pas a les identifier et a en parler, en fait, on se persuade que l'on a pas de sentiments. Il devient particulièrement difficile d'accepter qu'ils existent, surtout s'ils sont pénibles ou négatifs.

Ainsi les anorexiques, ignorantes de ce qu'elles ressentent, ne savent même pas si elles ressentent quelque chose. Cette confusion rend possible la négation de la sensation de faim. Mais ne pas manger n'est qu'un des aspects de cette incapacité a identifier des sentiments. Une jeune fille anorexique ne sait pas non plus si elle est en colère, triste, ou déçu. Si elle commence à manger plus normalement, ce n'est qu'un début de guérison. Il lui faudra apprendre à identifier et a exprimer ces sentiments.

La boulimique est dans une situation a peu prés identique. Elle est consciente de sentir quelque chose mais en est gênée. Peu sur d'elle, elle risque de définir n'importe quelle stimulation, en particulier dans le registre négatif, comme de la faim, a laquelle elle résistera avant d'y succomber. Derrière cette réaction, elle ressent le désespoir de l'insatisfaction permanente et la rage d'être condamné à combler des besoins émotionnels ordinaire par de la nourriture. Engloutir revient à tenter de satisfaire un besoin impérieux, qu'elle appelle la faim. Evidemment la nourriture ne remplira jamais ces gouffres affectifs. C'est la rage et son insatisfaction qui l'amène à regretter son comportement. La nourriture l'a trompé, déçue, donc elle tente de s'en débarrasser.

La femme boulimique a deux problèmes :

- Elle identifie de façon erronée ses besoins et ses excès, qu'ils soient alimentaires, vestimentaires ou autres, bien sur ceux ci sont frustrants.

- Comme les anorexiques, elle se voudrait sans besoin.

Arrêter de se suralimenter et de régurgiter est le début de la guérison. La malade se sentira mieux, mais elle devra apprendre à reconnaître ses sentiments et s'autoriser à les satisfaire

Les sentiments et les besoins sont mauvais

L’anorexique et la boulimique croient être mauvaises à cause de ses besoins et de ces sentiments-sensations qu'elles éprouvent. Nous apprenons vite et malheureusement les leçons apprises très tôt sont celles dont nous aurons le plus de mal a nous débarrasser. L'anorexique et la boulimique ont appris qu'elles ne sont pas censées avoir des besoins et des sentiments que leurs familles ne peuvent satisfaire. Ils ne disparaissent pas pour autant, ils ont simplement enfoui et feront surface un jour.

La jeune fille ignore que tout cela est normal, accepte l'injonction parentale selon laquelle elle ne doit pas éprouver tels sentiments et se croit mauvaise lorsqu'il apparaît.

La piètre estime de soi, que l'on retrouve chez toutes les anorexiques et toutes les boulimiques, vient de la, leurs parents voulaient qu'elles soient quelque chose qu'elles ne sont, ni ne peuvent être. Elles sont tentées de se conformer mais on échoué. L'anorexique et la boulimique sont des tentatives d'abolir les sentiments, mais c'est l'échec a long termes. La femme souffrant de troubles alimentaires se déteste et ne voit aucune issue pour sortir du piège dans lequel elle s'est laissé enfermer.

2eme partie : LES PRESSIONS SOCIALES ET CULTURELLES

Ils y a bien sur des pressions personnelles qui peuvent conduire à l'anorexie mais il y a aussi d'autres pressions qui peuvent expliquer le fait que le mal être d'une jeune fille se traduit par une désorganisation alimentaire et touche plus d'homme que de femmes.

Sois belle!

Depuis la seconde guerre mondiale, le monde occidentale a connu un formidable enrichissement et un très grand developpement des loisirs. Jamais autant de gens n'ont possédé autant de biens, cette évolution est amplifiée par la publicité, qui nous apprend à désirer des biens et fait de nous des consommateurs en nous enseignant qu'acheter nous apportera tout ce qui nous manque sur tous les plans. Les slogans évoluent au fils des modes mais nous sommes toujours des dupes consentant et nous pensons naïvement que nos besoins humains se résoudront dans les boutiques.

Malheureusement la consommation ne fait pas le bonheur... Elle ne fait pas de nous des étres satisfaits et heureux si nos besoins plus profond ne sont pas comblés.

Les publicitaires fabriquent des images qui nous plaisent, ils sont la voix d'une société. Les images peuvent amplifier nos fantasmes et nos désirs, mais ne le font pas surgir du néant; elles confirment simplement un système de valeurs qui est déjà le nôtre.

Ainsi ayant de l'argent a dépenser et voulant croire qu'il fera notre bonheur, nous voila prêt a recevoir ces messages. Si nous modelons nos vies a l'image des publicités, nous serons heureux. La création d'une image personnelle devient l'essentiel de la vie

Cette attitude se développe surtout dans le domaine de l'apparence physique. Le temps est révolu ou nous achetions des vêtements pour avoir chaud ou par décence. Le vêtement n'a jamais eu bien sur ces usages exclusifs; il a toujours servit de moyen de communication, mais lorsque l'on dispose du chauffage et de la climatisation, la fonction du vetement est encore moins importante. L'apparence devient alors notre unique raison d'être ou presque. Et les détails deviennent important, comme les vêtements de marque, qui ont plus une valeur imaginaire qu'une fonction vestimentaire.

La création de l'image publicitaire non seulement est liée à la satisfaction intime et personnelle mais surtout délivre une version du soi qui nous donne valeur et prestige aux yeux des autres.. Si ces images différent avec le sexe, l'age et la classe sociale, elles sont très puissantes au sein de chaque groupe. Le besoin de conformité est fort. être accepter et acceptable est une aspiration humaine essentielle " avoir l'air bien" et "être bien" deviennent synonymes : la vertu et l'image se confondent.

La minceur, image dominante

Le corps feminin pour être beau et bon, doit être svelte. Ce décret d'acceptabilité s'accompagne de quelques conseils relatifs aux seins, aux fesses, aux jambes, etc... mais la loi fondamentale est que la femme doit être mince.

Voila la nouveauté, dans d'autres temps, on préférait une image féminine charnue, voire grosse. Pour indiquer la prospérité en particulier la ou la nourriture est rare; une femme grosse appartient à une famille riche, donc bien nourrit. N'oublions pas la fertilité. Une femme très maigre est une femme non fertile. Nombre de société exigent de leurs femmes qu'elles procréent et voient dans leur embonpoint un indicateur de leur capacité a remplir ce devoir.

Nous sommes inondés d'images de corps féminin élancés, a l'exclusion de tout autres. Parmi toute la gamme des tailles et des silhouettes possibles, celle de la femme jeune et svelte est la seule associée aux modes de vie valorisants.

Cette image n'est pas seulement destinée à la consommation et a l'éducation féminine dans les pages des magasines ou a la publicité des produits acheté, principalement ou exclusivement par des femmes, elle sert aussi a vendre aux hommes. Non seulement on explique aux femmes a quoi leur corps doit ressembler, mais on le dit aux hommes. Le corps masculin est plus rarement utilisé de cette manière, bien que l'on voit de plus en plus de jeunes hommes musclés et athlétiques dans les publicités de mode.

La loi a longtemps considéré que les femmes "appartenaient" aux hommes en tant que fille, épouse, mère... Les femmes ont appris à se rendre agréable selon les critères masculins et leur assujettissement par la publicité n'est pas chose nouvelle. La nouveauté est que l'image de la femme admise comme plaisant aux hommes, et qui la rend acceptable non seulement a ses yeux mais a ceux de son compagnon, est la minceur.

La plupart des femmes ne sont pas et ne seront jamais aussi minces qu'on leur demande par images interposées, les mannequins mesurent 1.80m pour une taille 36 36. L'immense majorité des femmes est exclue à jamais.

Tout d'abord, la taille et les proportions sont déterminé en partie par la génétique, de même que le poids. Bien sur le milieu peut influencer considérablement. Mieux nourrie, la femme grandira davantage, mûrira plus vite, prendra plus de poids. Mais, dans des circonstances normales, il est impossible de modifier une stature. Cette tentative est une perte de temps: 90% des femmes qui suivent un régime reprennent ensuite le poids perdu. Résultat : bien des femmes se trouvent repoussantes car elles n'auront jamais le corps que notre culture exige. LEs anorexiques et les boulimiques font partie de celles qui n'ont pas encore appris à l'accepter.

Dévorer sans jamais être rassasiée

Malgré l'inaccessibilité du but, beaucoup de femmes aimeraient être plus mince. La plupart des femmes estiment qu'elles devraient se priver de nourriture. D4ou leur culpabilité sur l'alimentation et la nutrition, la classification en '"bon" et "mauvais" aliments, selon leur teneur en calories. On en arrive à un sentiments de culpabilité qui n'est pas celui de l'anorexique ou de la boulimique mais nous sommes dans le même domaine.

La cuisine est un territoire quasiment féminin, elle a la responsabilité des achats et des repas, même si leurs compagnons s'impliquent de plus en plus. On demande aux femmes d'apprendre à bien nourrir leur famille, tous les magasines féminins contiennent des conseils diététiques et culinaires, l'hypothèse admise est que la lectrice cuisine les repas.

Simultanément, dans le même journal, on lui conseille de moins manger et de perdre du poids. Inutile de savoir si elle est heureuse ou a suffisamment mangé. Ca c'est pour les autres, elle a la culpabilité et l'angoisse.

On éduque les fillettes a faire attention a leur alimentation très tôt, comment s'étonner que tant de femmes éprouvent des difficultés a distinguer si elles ont faim ou non, et connaissent mal les quantités qu'elles souhaitent manger, ou ce dont elles ont besoin. Chez l'anorexique et la boulimique la confusion est importante.

L'industrie des régimes


L'imposante machinerie de l'industrie des régimes encourage les femmes à continuer de tenter l'impossible. Les preuves ne manquent pas pour prouver que l'unique moyen de parvenir à un poids normal est d'avoir une alimentation naturelle et de pouvoir identifier les sensations de faim et de rassasiement que la nature nous a données. Mais la conscience de ces sensations et la possibilité de leur faire confiance ont été collectivement enlevées à la plupart des femmes.

Elles sont nombreuses a utiliser la nutrition, ou son refus comme un outil pour résoudre leurs problèmes affectifs. Cette tonalité émotionnelle dépasse les mécanismes régulateurs ordinaires de la faim. L'anorexie et la boulimie ne sont que des réactions extrêmes devant la nourriture.

Les femmes sont vulnérables face à l'idée qu'il faut se ranger aux conseils de quelqu'un d'autre, qui sait mieux qu'elles ce qu'elles doivent manger.

L'industrie des régimes s'appuie sur l'ignorance qui sépare les femmes de leur corps pour perpétuer des mythes sur les bienfaits des régimes.. Elles sont puissamment endoctrinées a se voir dans le regard des autres.

A partir d'une vision si négative de leurs corps, les femmes sont prêtent à accepter le discours de l'industrie diététique : cette graisse peut etre éliminé et ne reviendra pas. La privation à long terme est à la fois, un moyen valable et possible de perdre, définitivement du poids..

En fait une restriction permanente mènera a l'abandon du régime ou a l'instauration d'un cycle de sur ou sous alimentation qui peut devenir de la boulimie. Parfois l'anorexie est au rendez-vous. Mais la femme se sent si ignorante de ces besoins physiques qu'elle l'accepte. Elle commence à se priver et a manger selon des consignes extérieures, car elle se considère comme insupportable. Elle tombe, sous les coups du mensonge : elle sera mieux accueillie dans la société si elle est maigre.

Il est intéressant de noter que cela se produit alors que les femmes grossissent et ou le nombre de celles définies comme obèse a énormément augmenté. Ces femmes répondent à un autre message de notre société. : la nourriture les rendra heureuses. La publicité

Laisse souvent supposer que le bonheur se cache dans les bonbons, ou la restauration rapide, les femmes victimes de surcharge pondérale sont tout aussi piégées par nos fantasmes culturels que les anorexiques et les boulimiques, mais sont physiquement moins acceptables. Ils ne faut pas s'étonner que la majorité des femmes soient en train de démarrer, de poursuivre ou d'achever un régime. Comment supporter d'être grosse?

L'industrie des régimes a su se vendre avec beaucoup d'intelligence et de séduction. Mais signe de changement, dans certains pays, des réglementations commencent à interdire la publicité suggérant que l'utilisation de certains produits est source de bonheur ou de succès.

L'industrie de la mode

Les mensurations de la majorité ou presque des femmes dépassent de loin celles que l'on trouve dans les boutiques de mode de n'importe quelle grande ville. Presque toujours, la plus grande taille disponible correspond à celle de la moyenne des femmes et le reste du stock est inférieur de plusieurs tailles. Ainsi on proclame non seulement qu'aucune femmes dépassant une certaine taille ne saurait porter des vêtements a la mode, mais que ces femmes n'existent pas au niveau du marché de l'habillement!

Miroir, dis-moi que je suis la plus laide

Ill est accablant que les femmes soient perméable a ces messages et acceptent si facilement de s'entendre traiter de " personnes inacceptables" du fait de leurs mensurations. Tous les spécialistes s'accordent sur un point : leurs patientes se dévalorisent et se considere comme nulles. Elles se détestent, se dégoûtent, elles sont convaincues d'être répugnantes et que personnes ne souhaitent les connaître. Une anorexique ne cesse jamais de se réprimer, de nier la "mauvaise" partie d'elle-même pour devenir plus acceptable. Une boulimique est engagé dans le plus violent des combats contre sa partie "odieuse" qu'elle ne peut contrôler. Mais ce ne sont la que des versions extrêmes de la faible estime d'une immense majorité de femmes par rapport à elles-mêmes. Pourquoi?

Parmi les personnes qui ont travaillé le plus sur cette question, citons les thérapeutes féministes Orbach et Dana. Leurs arguments sont de deux sortes. D’abord, l'éducation que reçoivent les femmes, dans et hors des familles, sape, des le départ, leur confiance et leur moi profond. Les femmes passent leur temps a se battre contre un sentiment d'incertitude et de doute d'elles-mêmes.

L'école des femmes

Voici quelques-unes une des questions qui ont été soulevées par les féministes, ces 20 dernières années. Comment suis je élevé(e) en tant que futur homme ou future femme? Comment suis je intronisé(e)socialement dans notre rôle sexuel?

La réponse d'Orbach est que nous sommes initiées par nos mères, et qu'elles nous préparent à notre rôle social. Ce qu'elles nous apprennent, et qui pénètre si profond en nous, c'est ce qu'elles mêmes ont appris.

- Les femmes doivent se méfier de leur spontanéité et de leur énergie, être prudente et précautionneuses. Les garçons sont autorisés et poussés, a une bien plus grande liberté physique que les filles. Incités à prendre plus de risques, ils ont aussi davantage d'accidents. Les filles apprennent à être avisées mais également inquiètes et incertaines quant a leurs propres aptitudes.

- Les femmes ne doivent pas avoir de besoin. On s'occupe moins d'elles que des garçons, tant a la maison, qu'a l'école et on leur apprend à exprimer leurs besoins sans impatience.

- On apprend aux filles a s'en remettre aux autres, a laisser autrui prendre les devants, a accepter les opinions des autres, a se placer dans des positions subordonnées

- Les filles apprennent à anticiper les besoins des autres. Exactement comme les mères anticipent les besoins des bébés et des enfants, de sorte que leurs filles apprennent à être à l'écoute des besoins des autres plutôt qu'a s'intéresser aux leurs

- On apprend à une fille a se définir par rapport aux autres plutôt qu'en termes d'entité indépendante, comme on le fait pour les garçons. On leur apprend a éviter les conflits, pour entretenir les liens affectifs.

Au mieux un bon nombre de ces leçons apprennent aux femmes les vertus de la collaboration et de la coopération, qui semble vitale pour la pérennité du monde. Nous ne faisons probablement que commencer à comprendre le caractère désastreux des vertus masculines que sont l'ambition, la compétition, l'agression, l'individualisme. Nous aurons vraisemblablement besoin des capacités des femmes a se soucier des autres et de leur sensibilité a cet égard. Pourtant ces leçons enracinent un sentiment d'incertitude et de doute dans l'esprit de la jeune fille, sur ce qu'elle est autorisée à faire et a être et sur ce qu'elle est. On comprend que l'anorexique ou la boulimique ont tellement pris à cœur ces leçons qu'elles ont le sentiment de n'avoir aucun droit a reconnaître ou a satisfaire leurs besoins.

Surchargées de travail

Cette socialisation des femmes les met en porte a faux avec leur participation croissante dans la vie économique, qui était précédemment réservé aux hommes. IL serait certes faux de parler d'égalité des chances, mais leur participation au travail salarié et leurs fonctions sociales ont énormément augmenté.

Une grande proportion des femmes travaille hors du foyer et apportent une contribution précieuse et indispensable a l’économie familiale. Mais leur travail a la maison et les soins apporté aux enfants sont toujours les mêmes, malgré leurs obligations a l'extérieur. Toutes les études montrent que les femmes continuent d'assumer le travail domestique et l'éducation des enfants, même lorsqu'elles ont un compagnon. En même temps un grand nombre de famille monoparental ne repose que sur la mère, responsable des soins, de l'attention, et des besoins matériels des enfants.

Le fardeau de travail et de responsabilité est énorme. Mais les femmes continuent de se débrouiller tant bien que mal avec une trop grande quantité de taches, la plupart résistent et font de leurs mieux.

Certaines femmes se sentent émotionnellement trop fragile et elles disent souvent se considérer comme des "tricheuses" : elles font semblant de tout contrôler et de se débrouiller mais intérieurement, elles se sentent inaptes et inutiles. Ces femmes tomberont put être dans l'anorexie ou la boulimie pour cohabiter avec un moi intérieur non méritant, qui n'existe pas.

Nul doute que ces pressions sociales et culturelles créent un climat prédisposant au développement de troubles de l'alimentation. On peut comprendre que, lorsque ces pressions externes s'accumulent avec un contexte personnel et familial ou la jeune femme manque de soutien, l'anorexie et la boulimie peuvent s'installer...

sources : Anorexie et boulimie, julia Buckroyd, collection "j'ai lu", bien étre, comprendre prévenir, guérir, les guides essentiels